Le ciel de la planète Vénus pourrait bientôt être le théâtre d'une pluie de météores.
Cette possibilité découle de l'étude de deux astéroïdes, baptisés 2021 PH27 et 2025 GN1, qui partagent une orbite quasiment superposée autour du Soleil. Leur composition spectrale similaire et leur trajectoire commune ont immédiatement retenu l'attention des scientifiques. Ces corps appartiennent au groupe Atira, une famille peu nombreuse d'astéroïdes dont l'orbite se situe entièrement à l'intérieur de celle de la Terre, ce qui les rend inoffensifs pour nous.
Représentation artistique d'un astéroïde se fragmentant en plusieurs morceaux.
Crédit: NASA/JPL-Caltech
Pour retracer leur histoire, une équipe menée par Albino Carbognani de l'Institut national d'astrophysique italien a modélisé les trajectoires de ces objets sur une période de 100 000 ans. Leurs simulations indiquent que ces deux roches spatiales n'en formaient autrefois qu'une seule. Afin de comprendre leur séparation, les scientifiques se sont penchés sur le passé orbital de leur ancêtre commun, qui est passé à seulement 15 millions de kilomètres du Soleil, il y a plusieurs millénaires.
À une telle proximité, la chaleur intense a provoqué l'apparition de fissures en surface, fragilisant la structure interne de l'astéroïde. Parallèlement, l'effet YORP, un phénomène où l'émission de rayonnement thermique modifie la rotation de l'objet, est entré en jeu. Cette double action a fini par faire tourner le corps céleste si rapidement qu'il s'est fracturé en deux morceaux distincts, il y a entre 17 000 et 21 000 ans.
Les débris et la poussière libérés lors de cet événement ont ensuite formé un nuage diffus. Selon les calculs, ce nuage devrait croiser l'orbite de Vénus au mois de juillet, ce qui pourrait générer une pluie de météores sur la planète. Toutefois, depuis notre planète, seuls les plus brillants d'entre eux pourraient être perçus.
L'observation directe de ce phénomène depuis l'environnement de Vénus serait idéale, mais aucune mission spatiale n'est actuellement en mesure de le faire. Des projets à venir, comme la mission européenne EnVision prévue pour les années 2030, ou les missions DAVINCI et VERITAS de la NASA, pourraient un jour enregistrer un tel événement. Cela permettrait d'analyser la manière dont les astéroïdes influencent les atmosphères planétaires.
Sur Terre, les pluies de météores célèbres, comme les Géminides, trouvent souvent leur origine dans les comètes, mais les astéroïdes peuvent également en être la source.
L'effet YORP
L'effet YORP est un processus qui modifie la rotation des petits corps célestes comme les astéroïdes. Il se produit lorsque ces objets absorbent la lumière d'une étoile comme le Soleil d'un côté et réémettent la chaleur sous forme de rayonnement infrarouge de l'autre. Cette émission agit comme une poussée minuscule mais constante, capable d'accélérer ou de ralentir progressivement la vitesse de rotation de l'astéroïde.
Le nom YORP honore quatre scientifiques: Yarkovsky, O'Keefe, Radzievskii et Paddack, qui ont contribué à sa découverte. Il est particulièrement efficace sur les astéroïdes de petite taille ou ceux avec une surface irrégulière, car la distribution inégale de la chaleur amplifie l'effet. Au fil du temps, cette accélération peut devenir significative.
Dans le cas de l'astéroïde parent étudié, l'effet YORP a joué un rôle décisif. Combiné aux fractures causées par la chaleur solaire, il a augmenté la rotation jusqu'à un point de rupture. Ce mécanisme explique comment des corps apparemment stables peuvent se fragmenter sans intervention gravitationnelle majeure d'autres planètes.
Les astéroïdes du groupe Atira
Les astéroïdes du groupe Atira sont une classe particulière d'objets dont les orbites se situent entièrement à l'intérieur de celle de la Terre. Cela signifie qu'ils ne croisent jamais la trajectoire de notre planète, les rendant sans danger en termes d'impact. Leur nom vient de l'astéroïde Atira, le premier découvert dans cette catégorie, et ils sont relativement rares dans le Système solaire.
Ces astéroïdes orbitent très près du Soleil, avec des périodes de révolution courtes. Par exemple, 2021 PH27 et 2025 GN1 accomplissent un tour complet de notre étoile en seulement 115 jours. Leur proximité avec le Soleil les expose à des températures extrêmes et à des forces gravitationnelles intenses.
Les astéroïdes Atira sont difficiles à observer depuis la Terre en raison de leur position dans le ciel, souvent masqués par l'éclat solaire. Leurs découvertes reposent sur des télescopes spécialisés et des observations pendant le crépuscule. Étudier ces corps aide à cartographier la diversité des orbites et à comprendre la formation des planètes internes.