Un soulèvement d'eau, appelée onde de Kelvin, progresse actuellement dans le Pacifique le long de l'équateur. Ce signal trahit une intensification du phénomène El Niño. Les images satellites dévoilent une bande d'eau plus haute que la moyenne, s'étendant sur des centaines de kilomètres, résultant du réchauffement des eaux propre à ce phénomène climatique.
Cette onde de Kelvin prend naissance lorsque les vents d'ouest du Pacifique s'affaiblissent et s'inversent temporairement, soufflant d'ouest en est au lieu d'est en ouest. Ce changement permet à l'eau chaude de s'accumuler progressivement vers l'est, approfondissant la couche d'eau tiède et empêchant les eaux froides de remonter des profondeurs. Le satellite Sentinel-6 Michael Freilich a détecté cette vague le 8 juin, révélant des anomalies de niveau de la mer atteignant parfois plus de 15 centimètres au-dessus de la normale.
El Niño en 2015.
Cette image illustre l'écart de température de la surface de la mer, mesuré par satellite, pour le mois d'octobre 2015. Les zones orange-rouge, correspondant à des températures supérieures à la normale, sont caractéristiques d'El Niño.
Image NOAA.
Le satellite, développé par la NASA et l'Agence spatiale européenne, mesure les variations de hauteur de la mer avec une précision de quelques millimètres tous les dix jours. Ces données complètent les observations de température de surface, qui indiquaient déjà un réchauffement record du Pacifique ces derniers mois. Le 11 juin, les autorités ont officiellement déclaré le début d'un nouvel El Niño, après avoir constaté l'ampleur des anomalies.
En amont, les scientifiques avaient déjà observé d'autres ondes de Kelvin au début de l'année, laissant présager l'arrivée d'El Niño. En janvier, une onde près de la Micronésie s'est dissipée en février, tandis qu'une autre, apparue en mars, avait déjà élevé le niveau de la mer au large du Pérou en mai. Cette dernière vague a maintenant atteint la côte ouest de l'Amérique du Sud.
Ces bouleversements de température et de hauteur de la mer modifient les circuits atmosphériques et influencent la météo. El Niño augmente généralement les précipitations dans le sud-ouest des États-Unis, en Colombie, au Pérou et en Équateur, et en même temps les pluies diminuent dans le Pacifique ouest. Le précédent El Niño, de 2023 à 2024, avait contribué à faire de 2024 l'année la plus chaude jamais enregistrée, dépassant la limite de réchauffement de 1,5 °C fixée par l'Accord de Paris.
La configuration actuelle dans le Pacifique ouest rappelle celle de 1997, année d'un El Niño particulièrement fort. Bien que le nombre d'ondes de Kelvin observées en 2026 soit inférieur à celui de 1997, l'épisode est encore en phase de renforcement. Les données actuelles laissent penser qu'il s'agira d'un événement majeur, mais des observations supplémentaires sont nécessaires pour en confirmer l'ampleur.
Qu'est-ce qu'une onde de Kelvin océanique ?
Une onde de Kelvin est une vague océanique de grande ampleur qui se propage le long de l'équateur ou des côtes, sous l'effet de la rotation de la Terre. Dans le Pacifique équatorial, ces ondes se déplacent d'ouest en est, portées par le relief sous-marin et la force de Coriolis. Elles se manifestent par une élévation du niveau de la mer et une accumulation d'eau chaude en surface.
Ces ondes jouent un rôle clé dans le déclenchement d'El Niño. Lorsque les vents d'alizé s'affaiblissent, une onde de Kelvin naît et transporte vers l'est l'eau chaude normalement accumulée dans le Pacifique ouest. En atteignant la côte américaine, cette eau chaude empêche la remontée d'eau froide, ce qui réchauffe l'atmosphère et modifie les précipitations à l'échelle planétaire.
Les ondes de Kelvin sont souvent précurseurs d'El Niño. Leur détection par satellite alerte les climatologues sur l'imminence d'un épisode chaud. En 2026, plusieurs ondes ont été observées avant l'annonce officielle d'El Niño, confirmant leur utilité pour la prévision saisonnière.