En Grèce, une découverte archéologique exceptionnelle révèle que des outils étaient utilisés il y a environ 430 000 ans. Des fragments de bois travaillé, soigneusement analysés, repoussent les limites de notre connaissance des technologies anciennes.
L'analyse de ces objets, réalisée par une équipe internationale, indique qu'ils ont été façonnés à partir d'aulne et de peuplier ou de saule. Par ailleurs, des marques de taille et d'usure, observées au microscope, témoignent d'une fabrication et d'une utilisation intentionnelles par des groupes humains du Paléolithique moyen.
Représentation d'une femme du Paléolithique fabriquant un bâton à fouir à partir d'un tronc d'aulne. Ce type de bois était utilisé sur le site de Marathousa 1.
Crédit: G. Prieto, K. Harvati.
Ces vestiges ont été mis au jour sur le site de Marathousa 1, dans le Péloponnèse. Ce lieu était autrefois les abords d'un lac, fréquenté par des humains et de grands animaux, comme en témoignent les restes d'un éléphant. Il s'agissait probablement d'une zone de dépeçage et d'activités quotidiennes.
L'examen des surfaces au microscope a permis de distinguer les traces laissées par les outils en pierre de celles d'animaux. Un morceau d'aulne présente des stries de découpe et une usure qui pourrait correspondre à un bâton à fouir. Un plus petit fragment, en bois tendre, montre aussi des signes de travail humain.
Un petit outil en bois découvert à Marathousa 1, dont la fonction exacte reste à déterminer.
Crédit: N. Thompson, K. Harvati.
Cette découverte grecque prend une dimension particulière à l'échelle mondiale. Bien que des structures en bois plus anciennes aient été identifiées en Zambie, les outils de Marathousa 1 sont actuellement les plus anciens objets en bois portatifs connus, devançant d'autres exemplaires d'au moins 40 000 ans. Ils ajoutent ainsi une nouvelle pièce au dossier de l'évolution technologique en Europe du Sud-Est.
La conservation exceptionnelle de ces matériaux organiques sur ce site est un facteur important. Elle contraste avec la rareté générale des vestiges en bois de cette époque. Les chercheurs relèvent également la présence conjointe de traces d'activité humaine et de grands carnivores, montrant un partage parfois concurrentiel de l'espace et des ressources à la préhistoire.
Pourquoi le bois se conserve-t-il si rarement ?
La survie du bois sur des centaines de milliers d'années est un événement rare, car ce matériau organique se dégrade naturellement. Il faut des conditions environnementales très particulières pour qu'il échappe à la pourriture causée par les micro-organismes et les insectes.
Un milieu saturé en eau et pauvre en oxygène, comme le fond d'un ancien lac ou une tourbière, est souvent propice. L'humidité permanente empêche la décomposition aérobie, et les minéraux présents dans l'eau peuvent imprégner le bois, le minéralisant partiellement et le renforçant.
Le site de Marathousa 1 bénéficiait probablement de telles conditions. L'absence d'oxygène et un pH adapté ont pu créer un environnement anoxique, préservant les fragments de bois de la dégradation totale. Ces circonstances particulières offrent des aperçus uniques sur des aspects du comportement humain généralement invisibles dans les archives archéologiques.