Au cœur des océans, dans l'obscurité totale, s'est produit peut-être la clé d'un des plus grands chapitres de notre histoire: la naissance de la vie. Loin de la surface et de la lumière solaire, des réactions chimiques improbables, alimentées par la chaleur des profondeurs, pourraient avoir fabriqué les premières briques essentielles à l'existence.
Des scientifiques de l'Université de l'Alberta se sont penchés sur des échantillons de croûte océanique prélevés en mer de Chine méridionale. Leurs travaux dévoilent les traces d'une transformation de l'azote en composés exploitables, le tout sans l'aide d'êtres vivants. Catalysée par des minéraux, cette réaction générait notamment de l'ammonium, une molécule indispensable pour construire des structures organiques plus élaborées.
Des cheminées hydrothermales sous-marines pourraient avoir fourni des nutriments via des réactions minérales.
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Cette découverte permet de mieux comprendre comment les prémices de la vie ont pu émerger en l'absence de lumière solaire. Les sources hydrothermales, généreuses en minéraux et en énergie thermique, offraient un cadre idéal. La production d'ammonium à partir de l'azote ambiant aurait ainsi comblé une lacune importante dans les scénarios d'apparition du vivant.
Par ailleurs, identifier ce phénomène dans son milieu naturel représentait une épreuve technique. L'activité biologique actuelle modifie en effet la signature de l'azote dans l'eau de mer. En analysant des roches profondément enfouies, l'équipe est parvenue à isoler des marqueurs géochimiques propres à un processus non biologique, évitant ainsi les interférences liées à la vie actuelle.
Réalisée en partenariat avec l'Institut d'océanographie de la mer de Chine méridionale, cette étude, publiée dans
Nature Communications, laisse penser que les conditions requises étaient vraisemblablement fréquentes dans les océans anciens. Le processus n'aurait donc pas été anecdotique, mais aurait pu opérer à une échelle très large.
Alors que le jeune Soleil était moins énergétique, les modèles climatiques prédisent une planète entièrement glacée. Les données géologiques, qui attestent pourtant d'océans liquides très tôt, contredisent cette hypothèse. La production de certains gaz par les systèmes hydrothermaux aurait pu contribuer à réchauffer l'atmosphère, rendant l'environnement plus hospitalier.