Posté par Isabelle le Dimanche 03/11/2019 à 14:00
Une nouvelle voie s’ouvre dans le traitement d’un type agressif de cancer du sein
Des chercheurs découvrent un mécanisme qui pourrait augmenter la sensibilité du cancer du sein HER2+ aux traitements approuvés

De 15 à 20 % des cancers du sein sont attribuables aux mutations d’un gène appelé HER2. À cause de ces mutations, la protéine produite par ce gène reste constamment active, ce qui entraîne une croissance incontrôlée des cellules. Les cancers qui présentent ces mutations génétiques sont appelés cancers du sein HER2 positif ou HER2+. Même si les traitements qui interfèrent avec la protéine HER2 se révèlent très efficaces dans bien des cas, ils ne donnent pas les résultats escomptés pour tout le monde. Et quand ils échouent, le pronostic des personnes atteintes est extrêmement sombre. Pour ces personnes, il est donc urgent de comprendre d’où vient la résistance au traitement et de développer de nouvelles stratégies pour s’attaquer aux cellules cancéreuses. Des chercheurs du Centre de recherche sur le cancer Goodman (CRCG) de l’Université McGill croient avoir trouvé une solution en rendant les cellules cancéreuses plus vulnérables à un traitement approuvé. Leurs résultats ont été publiés récemment dans la revue Cell Reports.

Les anticorps monoclonaux anti-HER2 constituent la principale catégorie de traitements contre les cancers du sein HER2+. Le premier de ces traitements, qui demeure le médicament de prédilection dans ce type de cancer, est l’Herceptin. Des données récentes tendent à montrer que l’Herceptin agit principalement en attirant l’attention du système immunitaire de la patiente sur les cellules tumorales à attaquer et à détruire.

« Notre étude a montré que les cellules du cancer du sein HER2+ peuvent apprendre à utiliser l’épigénétique pour se rendre moins visibles pour le système immunitaire, rendant l’Herceptin moins efficace », explique la chercheuse Alison Hirukawa, auteure principale de l’article, qui a réalisé ces recherches durant son doctorat au laboratoire du professeur William Muller au CRCG. « Nous avons observé chez les patientes qui ne réagissent pas à l’Herceptin une plus grande activité d’une enzyme qui inactive des gènes. En utilisant des médicaments ou des méthodes génétiques pour inhiber cette enzyme dans les modèles de cancer du sein HER2+, on déclenche l’activation des gènes qui incitent le système immunitaire à attaquer les cellules tumorales en présence d’anticorps ciblant HER2. »

Tester une hypothèse avec des modèles murins

En étudiant les cellules cancéreuses en laboratoire, les chercheurs ont formulé l’hypothèse que cette enzyme inactivatrice pouvait jouer un rôle dans la résistance aux traitements ciblant HER2. Alison Hirukawa a décidé de tester cette idée in vivo sur des modèles murins de cancer du sein en se servant d’un anticorps anti-HER2 très similaire à l’Herceptin conjugué à un médicament bloquant l’enzyme qui intéresse les chercheurs.

« J’ai remarqué que cette combinaison donnait de bons résultats chez les souris ayant un système immunitaire normal, mais qu’elle était inefficace chez les souris ayant un système immunitaire affaibli », remarque la chercheuse. "Nous avons donc décidé de faire le chemin inverse pour tenter de comprendre pourquoi il y avait une interaction avec le système immunitaire quand on ciblait ce régulateur épigénétique. »

Par la même occasion, les chercheurs ont voulu voir s’il y avait des preuves que l’inactivation des gènes causée par l’enzyme étudiée jouait un rôle dans la réponse à l’Herceptin des patientes atteintes de cancer. « Nos collaborateurs de l’Université Case Western Reserve à Cleveland, Ohio, ont accès à un ensemble unique d’échantillons de patientes qui nous a permis de répondre à cette question", rapporte Alison Hirukawa. "Nous avons été surpris de voir à quel point les modèles que nous avons utilisés en laboratoire concordaient avec les données des patientes atteintes de cancer fournies par nos collaborateurs. La concordance entre les données des modèles de laboratoire et les données cliniques n’est jamais parfaite, mais dans ce cas, les résultats tirés de nos modèles étaient corroborés par les observations faites avec les échantillons cliniques. Les résultats s’en trouvent donc beaucoup plus convaincants. »

« L’enzyme inactivatrice génique qui, selon nos recherches, joue un rôle dans la résistance à l’Herceptin, est elle-même une cible médicamenteuse », ajoute le Pr Muller, qui est professeur au Département de biochimie et auteur principal de l’article. « En fait, les médicaments qui bloquent cette enzyme font actuellement l’objet d’essais cliniques pour d’autres types de cancers. Notre travail suggère donc une stratégie pour renverser la résistance à l’Herceptin des cancers du sein HER2+ qui utilisent le mécanisme épigénétique de résistance que nous avons découvert. Cette stratégie pourrait facilement être testée en clinique. »

Prochaines étapes

Il faut maintenant mener des études cliniques pour déterminer si l’activité accrue de la voie épigénétique observée dans les cancers du sein résistants à l’Herceptin est réellement la cause de la résistance; et dans l’affirmative, déterminer si l’explication du mécanisme qu’ont proposée les chercheurs est valide chez les patientes.

« Nous prévoyons actuellement réaliser des essais cliniques avec des combinaisons de médicaments impliquant des anticorps anti-HER2 et des médicaments qui bloquent l’activité de l’enzyme inactivatrice à l’origine de la résistance », rapporte le chercheur Harvey Smith, associé de recherche au CRCG et également auteur principal de l’étude. « Nous espérons pouvoir tester des échantillons de tumeurs de patientes pour déterminer le niveau d’activité de l’enzyme en question, puis utiliser ces données pour identifier les patientes qui présentent un risque élevé de résistance aux médicaments. Ces patientes seraient probablement celles qui bénéficieraient le plus de notre nouvelle stratégie. »


L’article « Reduction of Global H3K27me3 Enhances HER2/ ErbB2 Targeted Therapy », par A. Hirukawa, H. Smith, W. Muller et al., a été publié dans la revue Cell Reports le 8 octobre 2019. Doi: https://doi.org/10.1016/j.celrep.2019.08.105
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