Adrien - Dimanche 12 Avril 2026

🦟 Le moustique vecteur principal du paludisme a évolué: il s'est adapté aux insecticides

Des scientifiques de l'Institut Pasteur de la Guyane ont contribué à une étude internationale de surveillance des populations de moustiques Anopheles darlingi, vecteur principal du paludisme en Amérique du Sud.

L'étude menée par une équipe de scientifiques de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, est la première à avoir séquencé plus de 1 000 génomes complets de moustiques présents dans six pays d'Amérique du Sud. L'étude de la diversité génétique réalisée par les scientifiques met en évidence des évolutions récentes du génome concernant des gènes de résistance potentielle aux insecticides. Les résultats ont été publiés dans Science, le 26 mars 2026.


Le moustique Anopheles darlingi, vecteur principal du paludisme en Amérique du Sud, évolue pour s'adapter aux insecticidesMoustique Anopheles darlingi femelle élevée au Vectopôle de l'Institut Pasteur de la Guyane. Anopheles darlingi est le principal vecteur du paludisme en Guyane.
© Institut Pasteur de la Guyane - photo Romuald Carinci et Pascal Gaborit


Pendant un an, les scientifiques ont prélevé des femelles moustiques du genre Anopheles darlingi réparties sur 16 sites dans six pays d'Amérique du Sud: Brésil, Pérou, Venezuela, Colombie, Guyana et Guyane française. L'étude des 1 094 génomes a révélé qu'une pression de sélection d'allèles potentiellement résistants aux insecticides existe sur certains de ces gènes dans ces populations de moustiques en Amérique du Sud.

Les variations génétiques associées à ces résistances étaient liées à des zones géographiques où l'agriculture est l'activité principale. Cette signature génétique pourrait donc être due aux insecticides agricoles plutôt qu'à ceux spécifiquement utilisés pour la lutte antivectorielle.

Les chercheuses et chercheurs ont également constaté une importante divergence génétique entre les moustiques Anopheles darlingi à travers le continent, par exemple, entre ceux collectés en Guyane et ceux collectés au Venezuela. Leurs observations montrent que l'espèce s'adapte aux changements de son environnement.

"Les activités de surveillance des populations de moustiques sont essentielles pour contribuer au contrôle des maladies à transmission vectorielle" souligne Jean-Bernard Duchemin, chercheur dans l'unité d'Entomologie médicale à l'Institut Pasteur de la Guyane et auteur de l'étude.

"Ces résultats montrent les défis persistants que posent la diversité des vecteurs pour l'élimination du paludisme dans les Amériques" ajoute Mathilde Gendrin, responsable du laboratoire Microbiote des insectes vecteurs à l'Institut Pasteur de la Guyane, autrice de l'étude.

À l'approche du Sommet One Health qui se tiendra à Lyon le 7 avril prochain, cette publication rappelle l'importance de la surveillance des vecteurs de maladies infectieuses, en particulier les moustiques, dans un contexte d'adaptation aux transformations environnementales. L'Institut Pasteur poursuit sa mobilisation à travers sa participation au Sommet et à la création d'un Centre de recherches sur les maladies à transmission vectorielle.
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