Posté par Redbran le Dimanche 10/02/2019 à 14:00
Des moulages du XIXe siècle aident à comprendre les oiseaux géants disparus de Madagascar
Des études récentes sur les Aepyornithidés, oiseaux géants disparus ayant vécu à Madagascar, ont été rendues plus difficiles par la disparition de certains spécimens scientifiquement et historiquement importants, en particulier les tout premiers os d'un tel oiseau à avoir été décrits, en 1851, sous le nom d'Aepyornis maximus. Un groupe de chercheurs d'institutions françaises et anglaise, dont le Laboratoire de géologie de l'école normale supérieure (LG-ENS, CNRS/ENS Paris), a montré que des moulages en plâtre de ces spécimens, réalisés au XIXe siècle, sont conservés dans diverses collections et peuvent utilement remplacer les originaux pour des recherches scientifiques modernes.

Représentation de l'Aepyornis maximusAngst, D. & Buffetaut, E. 2018. Paléobiologie des oiseaux géants terrestres. ISTE éditions, 2018. © Agnès Angst

Les Aepyornithidés constituent un groupe éteint d'oiseaux géants incapables de voler qui a vécu à Madagascar jusqu'à une date assez récente (peut-être le XVIIe siècle). C'est en 1851 que le zoologue français Isidore Geoffroy Saint-Hilaire décrivit les premiers restes d'un tel oiseau, quelques os fragmentaires et des oeufs gigantesques, qu'il nomma Aepyornis maximus. Les Aepyornithidés connaissent aujourd'hui un regain d'intérêt. En particulier, deux chercheurs britanniques, James Hansford et Samuel Turvey, ont proposé en 2018 une nouvelle classification de ces oiseaux, fondée sur une étude de morphométrie géométrique (qui permet de décrire quantitativement la forme d'un objet), en faisant appel à de nombreuses mesures effectuées sur les abondants restes d'Aepyornithidés conservés dans divers musées. Hélas il ne leur a pas été possible d'inclure dans cette étude les spécimens originaux utilisés par Geoffroy Saint-Hilaire pour définir Aepyornis maximus, qui revêtent pourtant une importance considérable, car ils sont aujourd'hui introuvables.

Un groupe de chercheurs appartenant à plusieurs institutions françaises (UMR 8538 - Laboratoire de Géologie de l'Ecole Normale Supérieure, Musée des Confluences de Lyon, Réunion des Musées Métropolitains de Rouen-Normandie) et anglaise (School of Earth Sciences, Université de Bristol) a cherché le moyen de remédier à la disparition des spécimens originaux au moyen de copies en plâtre réalisées dès les années 1850. Un inventaire des spécimens d'Aepyornis conservés dans les musées montre que de tels moulages ont été envoyés par le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris à de nombreuses institutions françaises et étrangères, d'autres ayant été distribués commercialement.


Moulages des ossements d'oiseau géant provenant de Madagascar décrits en 1851 par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom d'Aepyornis maximus (de gauche à droite, tarsométatarse gauche, fibula droite et tarsométatarse droit, incomplets). Ces moulages furent envoyés au Muséum d'Histoire Naturelle de Rouen, où ils sont conservés, par le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris en 1852.

En dépit de leur ancienneté, beaucoup de ces moulages sont encore conservés aujourd'hui. Une série en très bon état des moulages des trois os ayant servi à Geoffroy Saint-Hilaire à définir Aepyornis maximus est ainsi présente dans les collections du Muséum d'Histoire Naturelle de Rouen. Ces copies réalisées avec soin sont très fidèles et permettent d'effectuer des mesures aussi précises que sur les originaux aujourd'hui disparus, ce qui permet d'inclure ces spécimens scientifiquement et historiquement importants dans des études morphométriques.

Ce travail met en évidence l'importance méconnue des moulages anciens de fossiles. Au XIXe siècle, les grandes institutions paléontologiques avaient coutume de diffuser largement de telles copies de leurs spécimens les plus intéressants. Un des avantages de cette pratique se révèle aujourd'hui avec le cas d'Aepyornis maximus: quand les originaux se révèlent introuvables, les moulages peuvent dans une large mesure les remplacer, notamment pour des études morphologiques et morphométriques modernes. Il est donc important d'inventorier et de conserver précieusement ces moulages anciens dont l'importance potentielle a pu être négligée.


Référence publication:
Eric Buffetaut, Cédric Audibert, Jérôme Tabouelle, Delphine Angst Useful old casts: a comment on Hansford & Turvey (2018),‘Unexpected diversity within the extinct elephant birds (Aves: Aepyornithidae)’. Royal Society open science (2019) doi: 10.1098/rsos.181826

Contact chercheur:
Eric Buffetaut, Laboratoire de Géologie de l'Ecole Normale Supérieure (CNRS / ENS Paris)
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