Des travaux récents indiquent que les gaz émis par les atterrisseurs spatiaux sont susceptibles de polluer les zones polaires de notre satellite, des endroits qui pourraient receler des informations sur les origines de la vie sur Terre.
Menée par une équipe portugaise et européenne, cette analyse simule la dispersion du méthane issu des propulseurs durant les phases d'alunissage. Publiée dans le
Journal of Geophysical Research: Planets, elle démontre que ces molécules organiques, sur un monde dépourvu d'atmosphère, se déplacent sans entrave à la surface avant de finir par se fixer.
Le cratère Shackleton est situé au pôle sud de la lune.
NASA/Ernie Wright
Les modélisations montrent sur des molécules de méthane atteignent même le pôle opposé en moins de deux jours lunaires, soit environ deux mois terrestres. Un peu plus de la moitié de ces polluants se retrouvent ensuite emprisonnés dans les cratères plongés dans une obscurité permanente.
Ces cratères polaires fonctionnent comme des congélateurs naturels, préservant de la glace d'eau et d'autres composés gelés depuis des milliards d'années. Ils pourraient renfermer des matériaux organiques apportés par des comètes ou astéroïdes, constituant ainsi une fenêtre inédite sur les conditions ayant pu mener à la vie sur Terre. Leur froid intense les rend malheureusement sensibles aux apports chimiques.
Ces constatations font apparaître des interrogations pour les prochaines missions, notamment celles envisageant une présence humaine pérenne. Les agences spatiales et les acteurs privés devront ainsi intégrer ces risques dans leurs plans, dans l'objectif de limiter l'empreinte chimique sur ces sites d'un intérêt scientifique majeur.
Des mesures de protection, s'inspirant par exemple des réglementations en vigueur en Antarctique, pourraient être élaborées. Les scientifiques à l'origine de l'étude souhaitent que ces travaux favorisent des approches d'atterrissage plus réfléchies, incluant éventuellement des instruments dédiés pour confirmer les modèles de propagation des contaminants.
Les molécules organiques et les origines de la vie
Ces composés chimiques, construits autour d'atomes de carbone, sont fréquemment liés aux processus du vivant. Sur la Lune, leur présence pourrait provenir d'impacts anciens de comètes ou d'astéroïdes ayant transporté ces matériaux depuis l'extérieur du Système solaire. Ces dépôts, maintenus dans la glace des pôles, offriraient un enregistrement fossile des environnements primitifs.
En analysant ces molécules, les chercheurs ambitionnent de reconstituer le cheminement ayant conduit à l'émergence de la vie terrestre. Géologiquement inactive, la Lune conserve ces vestiges bien mieux que notre planète, où l'érosion et la tectonique les ont effacés. Elle représente donc une archive exceptionnelle pour retracer l'histoire chimique de notre voisinage planétaire.
L'introduction de polluants comme le méthane risquerait toutefois de brouiller ces dépôts anciens. La recherche de substances prébiotiques, fondamentales pour saisir les prémices de la vie, s'en trouverait compliquée. Préserver ces zones apparaît ainsi comme une priorité pour les travaux futurs en astrobiologie.
Des missions robotiques équipées d'instruments performants pourraient prélever des échantillons avant toute arrivée humaine significative. L'analyse de ces matériaux dans leur état originel permettrait peut-être de percer les mécanismes ayant initié la vie sur Terre.