Des chercheurs de l'Université Laval se sont penchés sur le lien entre dépendance aux jeux vidéo et premier épisode psychotique. Leurs résultats montrent une association qui peut compliquer le rétablissement.
L'étude est née d'un cas observé en clinique. Un patient ne présentait plus d'hallucinations grâce au traitement, mais restait démotivé et isolé. En examinant son quotidien, les médecins ont découvert une pratique très intensive du jeu vidéo. Cette habitude semblait freiner son retour à l'école et sa reprise d'activités normales.
Le jeu vidéo peut être à la fois un soutien et un obstacle selon l'usage qui en est fait.
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Pour mieux comprendre ce phénomène, les chercheurs ont suivi 284 jeunes adultes âgés de 18 à 35 ans, tous pris en charge après un premier épisode psychotique. Leur état a été évalué régulièrement sur plusieurs mois, afin d'observer l'évolution de leurs symptômes et de leurs habitudes.
Les résultats montrent que la dépendance aux jeux vidéo est plus fréquente dans ce groupe que dans la population générale. Environ 7 % des patients sont concernés, contre 3 % habituellement. Les hommes semblent également plus touchés par ce problème.
Mais l'intérêt de l'étude ne s'arrête pas à ce chiffre. Les chercheurs ont observé que cette dépendance est liée à des symptômes dits "négatifs". Il s'agit par exemple d'un manque de motivation, d'un retrait social ou d'une difficulté à s'engager dans des activités comme les études ou le travail.
Concrètement, plus l'usage des jeux vidéo devient envahissant, plus il peut freiner la reprise d'une vie quotidienne stable. Certaines personnes ont plus de mal à retourner à l'école ou à envisager un projet professionnel. Et cette situation peut s'aggraver avec le temps si rien n'est fait.
Pour autant, les jeux vidéo ne sont pas uniquement problématiques. Les témoignages recueillis montrent qu'ils peuvent aussi aider à gérer l'anxiété ou à maintenir un lien social, notamment en ligne. Ils peuvent donc jouer un rôle positif s'ils sont utilisés de manière équilibrée. L'enjeu est donc de distinguer un usage bénéfique d'un usage excessif. Les chercheurs insistent sur la nécessité d'accompagner les patients pour les aider à développer des habitudes de jeu plus saines, sans forcément supprimer totalement cette activité.
Ces travaux ouvrent aussi la voie à un meilleur dépistage. L'équipe travaille actuellement à adapter des outils permettant d'identifier plus facilement la dépendance aux jeux vidéo chez les personnes souffrant de troubles psychotiques. À terme, cela pourrait permettre de proposer des prises en charge mieux ciblées. Des programmes existent déjà, comme le manuel Virtu-A, conçu pour traiter les usages problématiques d'Internet. L'objectif est désormais de les adapter aux besoins spécifiques de ces patients.
En mettant en lumière ce lien encore peu exploré, cette étude rappelle qu'un trouble psychique ne vient rarement seul. Mieux comprendre ces interactions pourrait améliorer l'accompagnement et favoriser un rétablissement plus durable.