L'Île de Pâques, célèbre pour ses statues moaï imposantes, est souvent présentée comme un cas d'effondrement sociétal brutal. Cependant, une analyse scientifique récente propose une vision renouvelée de son histoire, s'appuyant sur des données climatiques encore peu étudiées.
Pour cela, des chercheurs de l'Observatoire terrestre Lamont-Doherty ont retracé l'évolution des précipitations sur cette île isolée. Leur étude s'est fondée sur l'analyse de carottes de sédiments prélevées dans les zones humides locales, telles que le lac Rano Kao.
La méthode employée par l'équipe a consisté à mesurer les rapports isotopiques de l'hydrogène préservés dans les cires des feuilles anciennes. Cette approche permet d'obtenir un enregistrement direct des variations pluviométriques, avec une continuité sur près de huit cents ans.
Les résultats font apparaître une diminution importante des précipitations vers 1550, qui s'est maintenue pendant plus d'un siècle. Par conséquent, cette période de sécheresse a durablement affecté les ressources en eau douce, essentielles pour la vie sur l'île.
Contrairement aux théories d'un déclin soudain, les communautés rapanui ont démontré une capacité notable d'adaptation. Ainsi, des changements culturels, tels que la réduction de la construction des ahu (site cérémoniel se présentant sous la forme d'une plateforme généralement surmontée de statues moaïs), ont coïncidé avec cette phase climatique difficile.
Cette découverte remet donc en question le récit populaire de l'écocide, qui attribuait le déclin à une surexploitation des ressources. En effet, les données climatiques montrent que les facteurs environnementaux ont eu une influence notable sur l'évolution sociale.
Le lac Rano Kao, un site clé pour l'étude des sédiments.
Crédit: William D'Andrea
Les prochaines étapes de ce travail de recherche visent à explorer les archives sédimentaires sur des échelles de temps plus longues. Ceci permettra de mieux comprendre les dynamiques atmosphériques dans le Pacifique sud-est, une région encore peu documentée.
Comprendre le passé par la chimie des plantes
Les isotopes sont des formes d'un même élément qui diffèrent par leur masse. Pour l'hydrogène, le rapport entre isotopes lourds et légers dans l'eau de pluie se modifie selon les conditions météorologiques, comme l'évaporation ou les précipitations.
Lorsque les plantes absorbent cette eau, elles intègrent ces isotopes dans les cires de leurs feuilles. Après leur décomposition, ces cires se conservent dans les sédiments, créant de fait une archive chimique des conditions passées.
En analysant ces rapports, les scientifiques peuvent estimer les niveaux de pluie anciens avec précision. Cette approche est particulièrement fiable pour les régions où les données historiques sont limitées.