Posté par Adrien le Vendredi 12/04/2019 à 08:00
Les glaciers ont perdu neuf mille milliards de tonnes de glace en un demi-siècle
Quand nous pensons au changement climatique, l’une des premières choses qui vient à l’esprit, c’est la fonte des glaces aux pôles. Mais la fonte des glaces ne se limite pas aux régions polaires. D’après les conclusions de recherches, les glaciers du monde entier ont perdu plus de neuf mille gigatonnes (neuf mille milliards de tonnes) de glace depuis 1961, contribuant de 27mm à la montée du niveau des mers.


Perte de masse des glaciers au niveau mondial entre 1961 et 2016

Une équipe internationale mené par l’Université de Zurich (Suisse) a combiné des observations glaciologiques de terrain classiques avec un grand nombre de données récoltées par des satellites de différentes missions afin de calculer minutieusement la quantité de glace perdue ou gagnée par 19 régions glaciaires différentes du monde entier.

Le résultat de leurs recherches, publié dans Nature, révèle que les glaciers ont perdu 9625 milliards de tonnes de glace entre 1961 et 2016.

Les pertes régionales les plus importantes concernent l’Alaska, les glaciers situés autour de la calotte glaciaire du Groenland, et les glaciers des Andes méridionales. Les glaciers de l’arctique canadien et russe et du Svalbard ont également perdu des quantités significatives de glace.

Les glaciers situés dans des régions tempérées, comme les Alpes européennes et la chaîne montagneuse du Caucase ont également perdu de la glace, mais ces glaciers sont trop petits pour contribuer de manière significative au niveau des mers.

Il est intéressant de remarquer que la seule zone qui a gagné de la glace pendant cette période de 55 années est l’Asie du Sud-Ouest (ASW sur la carte). Les glaciers de cette zone ont accumulé 119 gigatonnes de glace, mais les glaciers voisins d’Asie du Sud-Est (ASE) ont perdu à peu près la même quantité, 112 gigatonnes.


Déclin des glaciers, nord-est de l'Inde
L’initiative sur le changement climatique de l’ESA, un programme de recherche focalisé sur la production de jeux de données au niveau mondial pour les variables essentielles du climat (les composants clés du climat de la Terre), a joué un rôle essentiel dans ce travail de recherche.

Le projet glacier de l’initiative, combiné au précédent projet GlobGlacier de l’ESA, a fourni les informations de contour des glaciers et des informations sur les variations de la masse de glace pour des milliers de glaciers.

Frank Paul, co-auteur de l’étude, explique: "Les contours des glaciers sont nécessaires afin de faire des calculs précis pour la zone en question. A ce jour, cette information nous provient principalement des satellites américains Landsat, dont les données sont fournies aux utilisateurs européens dans le cadre de l’accord de l’ESA relatif aux missions contributrices (Third-Party mission agreement).

"A l’avenir, c’est tout particulièrement la mission Sentinelle 2 de Copernicus qui va contribuer de plus en plus à la surveillance précise des changements des glaciers."

Des modèles numériques d’élévation, qui fournissent les détails topographiques d’une région, ont été calculés au moyen des informations transmises par le capteur ASTER de l’Agence spatiale japonaise JAXA, embarqué sur la mission américaine Terra et la mission allemande TanDEM-X. Les données issues de ces deux sources ont été traitées dans le cadre du programme Glaciers de l’initiative sur le changement climatique de l’ESA et par d’autres projets.

Ces données, combinées à la base de données exhaustive compilée par le Service mondial de surveillance des glaciers, ont permis aux chercheurs de reconstituer les changements d’épaisseur de la glace de 19000 glaciers du monde entier.

En combinant ces méthodes de mesure et disposant du nouveau jeu de données exhaustif, les chercheurs ont pu déterminer la quantité de glace perdue chaque année dans toutes les régions montagneuses depuis les années soixante.

Les mesures glaciologiques faites sur le terrain indiquent les fluctuations annuelles tandis que les données satellitaires ont permis aux chercheurs de déterminer la quantité de glace perdue sur plusieurs années ou plusieurs dizaines d’années.

Michael Zemp, chef de la recherche, explique: "Alors que nous pouvons aujourd’hui fournir des informations claires sur la quantité de glace perdue dans chaque région glaciaire, il est surtout important de noter que le taux de perte a augmenté de manière significative ces trente dernières années. Nous perdons en ce moment 335 milliards de tonnes de glace par an, ce qui correspond à une montée du niveau des mers de 1mm par an également."


Les glaciers Panmah et Choktoi
Si l’élévation de la température des océans reste le principal facteur de la montée du niveau des mers, la fonte des glaces en est le second contributeur le plus important.

Le Dr Zemp ajoute, "En d’autres mots, nous perdons chaque année environ trois fois le volume total de glace stocké dans les Alpes européennes, et cela représente environ 30% du taux actuel de montée des eaux."

Dans le monde entier, la disparition des glaciers a pour conséquence une diminution de la quantité d’eau disponible pour des millions de personnes, moins de puissance hydroélectrique, et moins d’eau pour les cultures. Si la fonte des glaciers contribue à la montée du niveau des mers, elle augmente également le risque d’autres catastrophes naturelles, comme la vidange brutale d’un lac glaciaire et les coulées de débris associées.

Le rythme auquel les glaciers perdent de leur masse sur le long terme est très important à connaître afin de pouvoir prendre des décisions éclairées pour une adaptation future ; il s’agit donc d’une information critique pour les organismes internationaux qui évaluent le changement climatique, comme le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Mark Drinkwater, conseiller principal sur la cryosphère et le climat à l’ESA, ajoute: "Compte tenu des conséquences socio-économiques, le sort des glaciers dans un climat futur est pris au sérieux par l’ESA."

"Il est fondamental de tirer parti des capacités de surveillance existantes, comme celles des satellites Sentinelle de la mission européenne Copernicus, et d’autres missions de l’ESA ou menées par des tiers. Ces données nous permettent d’acquérir une perspective solide sur le climat en révélant les fluctuations régionales, et année par année, des glaciers et d’autres composantes de la cryosphère, comme la couverture neigeuse, la glace de mer et les calottes glaciaires."
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