Les expressions bien connues "couche-tard" et "lève-tôt", utilisées depuis longtemps dans la recherche sur le sommeil, ne rendent pas véritablement compte de la diversité des horloges biologiques chez l'être humain, nous apprend une nouvelle étude.
Dirigée par l'Université McGill et publiée dans
Nature Communications, cette étude révèle que les deux schémas veille-sommeil évoqués précédemment, appelés "chronotypes", comprennent au total cinq sous-types biologiques associés à des comportements et à des états de santé différents.
Photo: Polina Kovaleva / Pexels
Le chronotype est la propension d'une personne à se sentir naturellement alerte ou à avoir sommeil à des moments bien définis au cours d'une période de 24 heures. Lors d'études antérieures, on a établi un lien entre les chronotypes du soir et une moins bonne santé, mais il y a beaucoup d'incohérences dans ces résultats. À la lumière des constats de la nouvelle étude, on comprend mieux pourquoi, soulignent les auteurs.
"Plutôt que de se demander si les couche-tard sont plus à risque, il vaudrait peut-être mieux se demander quels couche-tard sont les plus vulnérables, et pourquoi", fait observer Le Zhou, auteur principal et doctorant au sein du Programme intégré en neurosciences de l'Université McGill.
Couche-tard, lève-tôt... et tout ce qui existe entre les deux
À l'aide de l'IA, l'équipe de recherche a analysé les données d'imagerie cérébrale, les réponses à des questionnaires et les dossiers médicaux de plus de 27 000 adultes de la UK Biobank. Pour ce faire, elle a mis à profit les ressources informatiques du Centre d'imagerie cérébrale McConnell et collaboré avec des scientifiques de l'Université de Montréal et de l'Université d'Oxford.
Leur analyse a mis en lumière trois types de couche-tard et deux types de lève-tôt.
Du côté des lève-tôt, un des groupes était celui qui présentait globalement le moins de problèmes de santé; chez l'autre, on a observé un lien étroit avec la dépression.
Du côté des couche-tard, un des groupes a obtenu de meilleurs résultats que d'autres aux tests cognitifs, mais avait plus de difficulté à réguler ses émotions. Chez un autre, on a noté une tendance vers les comportements risqués et les problèmes cardiovasculaires, et chez le troisième groupe, une plus grande probabilité de dépression, de tabagisme et de maladie cardiaque.
"Ce n'est pas uniquement l'heure du coucher ou du réveil qui définit ces sous-types. Ils résultent d'une interaction complexe entre des facteurs liés à la génétique ainsi qu'au milieu et au mode de vie", explique Danilo Bzdok, professeur agrégé au Département de génie biologique et biomédical de l'Université McGill, titulaire d'une chaire en IA Canada- CIFAR à Mila et auteur en chef de l'article.
Plutôt que de procéder à un classement qualitatif des types de veille-sommeil, l'équipe de recherche montre que les cinq profils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients.
Une approche personnalisée pour un sommeil plus réparateur
La diversité des profils veille-sommeil nous permet de comprendre pourquoi un horaire de sommeil peut convenir à une personne et pas du tout à une autre; en recherche comme en prise en charge des troubles du sommeil, on doit donc se tourner vers des approches personnalisées.
"En cette époque numérique et postpandémique, jamais les habitudes de sommeil n'ont varié autant d'un individu à l'autre, souligne Le Zhou. Une meilleure compréhension de cette diversité biologique pourrait mener à des approches plus personnalisées tant pour les horaires de travail que pour l'accompagnement en matière de sommeil et de santé mentale."
L'équipe souhaite maintenant analyser des données génétiques pour déterminer si les sous-types de chronotypes sont biologiques, et donc innés.
L'étude
L'article "Latent brain subtypes of chronotype reveal unique behavioral and health profiles across population cohorts", par Le Zhou, Danilo Bzdok et coll., a été publié dans la revue
Nature Communications.