Une fièvre, puis des douleurs articulaires pendant des années: voici ce qui constitue la réalité pour de nombreuses personnes touchées par le chikungunya, une maladie transmise par les moustiques. Alors que les symptômes initiaux s'avèrent souvent intenses, ce sont surtout les complications à long terme qui retiennent l'attention des professionnels de santé.
Une proportion notable des patients souffre en effet de douleurs persistantes, durant parfois des mois voire des années, comme pour certaines formes d'arthrite. Dans ce cadre, la recherche d'un moyen de prévention efficace représente une priorité.
Des chercheurs de l'Université Griffith en Australie ont accompli une avancée notable dans cette direction. Leur travail repose sur une approche innovante pour élaborer un vaccin contre ce virus. Plutôt que d'utiliser des virus atténués ou inactivés, l'équipe a opté pour la création de particules synthétiques imitant parfaitement l'extérieur du virus du chikungunya. Ces particules servent de leurre afin d'entraîner le système immunitaire sans provoquer la maladie.
Le moustique tigre Aedes albopictus est reconnaissable aux bandes blanches qui strient ses pattes. Il est notamment le vecteur des virus de la dengue et du chikungunya ainsi que du virus Zika.
Wikimedia Commons / Centers for Disease Control and Prevention
Afin de fabriquer ces leurres, les scientifiques ont employé des bactéries E. coli modifiées comme de petites usines biologiques. Ces bactéries produisent des particules de biopolymère portant à leur surface des antigènes spécifiques du chikungunya, notamment les protéines E2 et E1. Le professeur Bernd Rehm précise que ces particules, sans adjuvants, ressemblent tellement au véritable virus qu'elles déclenchent une réaction immunitaire robuste. Le système de défense de l'organisme les identifie et se prépare ainsi à combattre une future infection réelle.
Cette méthode offre l'avantage d'être sûre, puisqu'elle ne nécessite pas l'emploi du virus vivant, atténué ou même de fragments viraux. Les particules synthétiques sont simplement absorbées par les cellules immunitaires clés, qui apprennent ensuite à reconnaître l'ennemi véritable. Les essais précliniques ont indiqué que cette approche induisait une protection immunitaire encourageante, ouvrant la voie à des tests chez l'humain. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue
Biomaterials.
L'évolution de la maladie elle-même permet de saisir l'importance d'une telle découverte. Après une piqûre de moustique infecté, le virus se multiplie dans le sang et se dirige principalement vers les articulations, les muscles et les tissus conjonctifs. Il provoque alors une inflammation importante et des lésions directes. Même après l'élimination du virus, le système immunitaire peut continuer à attaquer les tissus articulaires, conduisant à des douleurs chroniques pour jusqu'à 60% des patients.
L'équipe de recherche envisage maintenant de passer au développement clinique du candidat vaccin. Les prochaines étapes consisteront à réaliser des essais pour évaluer la sûreté de la formulation chez des volontaires humains, avant de tester son efficacité réelle pour prévenir l'infection. Cette stratégie pourrait fournir un outil appréciable pour limiter les épidémies, notamment dans les régions tropicales et subtropicales où les moustiques vecteurs sont très présents.