Posté par Isabelle le Lundi 03/12/2018 à 12:00
Choix d’habitat et spécialisation thermique: mieux vaut trop chaud que mal accompagné ?
La réponse des organismes aux changements environnementaux est entre autres déterminée par leur capacité à disperser, c'est à dire à se déplacer d’un habitat à l’autre. On considère classiquement que les généralistes dispersent plus que les spécialistes, car il leur est plus facile de trouver un habitat qui leur convient s’ils émigrent ailleurs. Cependant, les individus peuvent ne pas disperser aléatoirement mais choisir leur habitat, un comportement qui devrait être particulièrement favorisé chez les spécialistes afin de disperser vers les habitats qui leur conviennent. Des chercheurs de France et de Belgique (UCLouvain, Belgique ; SETE Moulis, France et EDB Toulouse, France) ont testé si le choix d’habitat est associé à une spécialisation vis à vis de la température. Cette étude publiée dans la revue PNAS montre que les spécialistes sont effectivement capables de choisir leur habitat. De façon surprenante, les généralistes font également du choix d’habitat mais avec une préférence pour des habitats sous-optimaux, ce qui pourrait leur permettre d’éviter d’être en compétition avec des spécialistes.


Chez Tetrahymena thermophila, les génotypes les plus spécialistes préfèrent les habitats qui maximisent leur performance, alors que les généralistes font également du choix d’habitat mais avec une préférence pour des habitats sous-optimaux (Photo: Alex Stemm-Wolf)

Pour réaliser cette étude, l’équipe de chercheurs a utilisé le cilié Tetrahymena thermophila,un eucaryote unicellulaire qui est capable de choisir son habitat pendant la dispersion. Ils ont mesuré la capacité de différents génotypes de cette espèce, variant pour leur niche thermique, c.à.d. la relation entre la température et la croissance, à choisir des habitats de différentes températures. Ils ont ainsi montré que les génotypes les plus spécialistes préfèrent les habitats qui maximisent leur performance. Cette capacité de choix d’habitat pourrait permettre aux spécialistes de suivre les conditions qui leur sont favorables face aux changements environnementaux. Les généralistes, plutôt que de disperser aléatoirement comme attendu selon la théorie, s’avèrent être aussi capables de choisir leur habitat, mais avec une préférence pour les habitats sous-optimaux. Les chercheurs ont ensuite modélisé les circonstances qui pourraient favoriser une telle préférence chez les généralistes. Ils montrent ainsi que les généralistes, puisque généralement moins efficaces que les spécialistes dans leurs habitats optimaux, peuvent atteindre un meilleur succès reproducteur dans des environnements qui bien que sous-optimaux ne contiennent pas de spécialistes. Cela expliquerait l’apparition et le maintien d’une préférence pour des habitats sous-optimaux chez les généralistes.

Cette étude remet en question l’idée que les spécialistes dispersent généralement peu en comparaison des généralistes, et suggère qu’ils pourraient au contraire être très efficaces pour suivre les conditions environnementales favorables face aux changements environnementaux. De plus, ces résultats mettent en évidence l’existence d’un choix d’habitat chez les généralistes, ce qui remet en question la théorie actuelle qui considère le généralisme comme une alternative au choix d’habitat. Cette étude met en évidence la diversité et l’importance des comportements de choix d’habitat pour l’évolution et la distribution des organismes. Il est donc urgent d’intégrer ces comportements aux cadres théoriques actuellement utilisés pour prédire le devenir des populations et espèces face aux changements environnementaux.

Référence:
Jacob S, Laurent E, Haegeman B, Bertrand R, Prunier J, Legrand D, Cote J, Chaine AS, Loreau M, Clobert J, Schtickzelle N. 2018. Habitat choice meets thermal specialization: competition with specialists may drive suboptimal habitat choice in generalists. Proceedings of the National Academy of Sciences. November 5, 2018.
https://doi.org/10.1073/pnas.1805574115

Contact chercheur:
Staffan Jacob - Station d'écologie théorique et expérimentale (SETE - CNRS /Univ Toulouse Paul Sabatier)
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