Posté par Adrien le Mercredi 10/04/2019 à 08:00
Un chercheur veut tromper les neurones responsables de la douleur
Longtemps, on a cru que les neurones sensoriels et les cellules du système immunitaire formaient deux ensembles distincts et les chercheurs les étudiaient donc séparément. Sébastien Talbot, professeur adjoint au Département de pharmacologie et physiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, a apporté la preuve du contraire.

Le professeur Sébastien Talbot étudie la communication croisée neuronale et immunitaire dans des cas d'allergie et de cancer.
Crédit: Amélie Philibert.

«Les neurones qui transmettent les informations douloureuses et les cellules du système immunitaire communiquent aisément au moyen d’un langage commun de cytokines, de facteurs de croissance et de neuropeptides. Cette communication est bidirectionnelle et adaptative dans certains contextes. Mes travaux révèlent que, dans le cas des allergies et du cancer, l’interaction est, de manière inattendue, souvent délétère.» Autrement dit, mieux vaudrait que les deux groupes ne se parlent pas !

Nos défenses immunitaires fonctionnent sur un principe simple: la reconnaissance de tout ce qui est étranger au corps. Un virus, une bactérie, une cellule cancéreuse..., tous doivent être éliminés ! Cette reconnaissance s’accompagne généralement d’une douleur inflammatoire, un signal d’alarme de l’organisme qui nous prévient que quelque chose ne va pas. Au coeur de ce processus: les fibres sensorielles qui envoient les signaux de douleur lors de l'inflammation. Ainsi prévenu, notre système immunitaire peut organiser sa réplique. Le hic ? Une telle interaction peut devenir mésadaptée et même contribuer à la physiopathologie de la maladie dans certains cas, comme l’a démontré le professeur Talbot dans le contexte d’une inflammation allergique des voies respiratoires.

«On a montré que la sécrétion de neuropeptides va agir sur les cellules immunitaires, tout particulièrement sur les cellules T, et cela vient bloquer leur activation. L’interaction parvient donc à déjouer le système immunitaire. Mon laboratoire travaille à déchiffrer comment, quand et où les interactions neuro-immunes deviennent inadaptées et nous tentons de concevoir des approches pour restaurer les interactions adaptatives», explique Sébastien Talbot.

Le chercheur vient de recevoir une subvention de 760 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada pour étudier le phénomène plus en détail.

Bloquer l’activité électrique des fibres sensorielles

Les fonds récemment reçus par ce jeune chercheur de 34 ans représentent l’une des nombreuses marques de reconnaissance données en quelques mois à Sébastien Talbot, puisque c’est à lui qu’on a aussi offert de diriger la Chaire de recherche du Canada en neuro-immunologie. Dotée d’un budget de 500 000 $ sur cinq ans, cette chaire a entamé ses activités en 2017. Bien que les travaux valorisent les connaissances fondamentales et l’élaboration de technologies de pointe, le chercheur espère également découvrir de nouvelles avenues thérapeutiques pour les patients. «On ne s’intéresse pas à la douleur comme telle, mais plutôt à la capacité des fibres sensorielles de communiquer localement avec les cellules immunitaires», précise-t-il.

Sébastien Talbot a mis au point une approche pharmacologique «hautement spécifique» pour bloquer l’activité électrique des fibres sensorielles qui envoient les signaux de douleur lors de l'inflammation. Grâce à cette stratégie, il pourra évaluer l'étendue de la communication croisée neuronale et immunitaire dans des cas d'allergie et de cancer. Plus précisément, il testera si l'interruption pharmacologique ou génétique de cette interaction aide à réduire l'inflammation et à soulager les patients qui en souffrent.

«Mon hypothèse est que la nature de l’interaction entre le système sensoriel et le système immunitaire dépend du type d’inflammation, de la chronicité de la réponse et de la localisation de l’inflammation, et qu’elle peut entraîner toute une gamme de changements physiopathologiques et de maladies. Nous déploierons des efforts immédiats pour continuer d’investiguer sur cette interaction dans divers contextes inflammatoires, tels que l’allergie, les démangeaisons, l’obésité et les relations hôte-microbiote.»

La subvention que le chercheur vient de recevoir lui permettra de se consacrer entièrement à cette tâche.
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