Posté par Adrien le Dimanche 14/04/2019 à 08:00
Cancer: une partie de la solution est dans notre assiette
Les recommandations alimentaires visant la prévention du cancer sont simples: manger beaucoup de fruits, de légumes et de fibres et éviter l'alcool, la viande rouge et la viande transformée. Les saines habitudes alimentaires réduisent le risque de cancer. Pourquoi ignorons-nous ce message ?

L’une des grandes craintes de notre époque va comme suit. Vous êtes dans le bureau de votre médecin, il vous regarde d’un air soucieux et vous l’entendez prononcer les mots suivants: vous avez un cancer. Il existe un moyen simple et efficace pour réduire le risque de se retrouver dans cette situation, il est répété sur toutes les tribunes depuis trois décennies et il tient en trois petits mots: modifiez votre alimentation. Pourtant, rares sont les gens qui appliquent à la lettre les recommandations alimentaires portant sur la prévention du cancer. «Il est essentiel de comprendre pourquoi le message ne passe pas et il est urgent de trouver des stratégies pour corriger la situation», estime Sophie Desroches, professeure à l’École de nutrition et chercheuse à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.

Dans un article publié récemment (PDF) par la revue Advances in Nutrition, la professeure Desroches et quatre chercheuses de l’Université de la Colombie-Britannique rappellent que les premières recommandations alimentaires visant la prévention du cancer sont apparues dans les années 1980 et que leur efficacité n’a jamais fait de doute par la suite. Un article synthèse couvrant 12 études réalisées dans 11 pays a montré qu’une adhésion élevée à ces recommandations est associée à une réduction de l’incidence des cancers et de la mortalité pouvant atteindre 60%.

Malgré leur efficacité, ces recommandations sont largement ignorées. Une enquête réalisée en 2017 auprès de 25 000 Albertains a montré que moins de 1% des répondants appliquent intégralement les principales recommandations alimentaires portant sur la prévention du cancer. «Elles ne sont pourtant pas irréalistes et elles recoupent les règles d’une saine alimentation, souligne la professeure Desroches. En quelques mots, il s’agit simplement de manger beaucoup de fruits, de légumes et de fibres et d’éviter l’alcool, la viande rouge et la viande transformée.»

La faute aux médias ?

Pour le meilleur et pour le pire, les médias sont la principale source d’information de la population pour les questions d’alimentation et de santé. En raison d’impératifs qui leur sont propres, les médias choisissent des sujets accrocheurs et inédits, ils les présentent sous un angle captivant pour leur auditoire et ils simplifient des questions complexes sans se soucier des données probantes ni de la cohérence avec les messages diffusés antérieurement. «Les médias font parfois plus de tort que de bien, estime Sophie Desroches. Quant aux médias sociaux, on y retrouve à l’occasion des choses intéressantes, mais elles sont noyées dans une mer d’informations non validées et peu fiables.»

Le résultat est qu’il y a beaucoup de confusion et de scepticisme dans la population quant aux liens entre l’alimentation et le cancer, constate la chercheuse. Pour ajouter à la cacophonie, certains professionnels de la santé s’improvisent nutritionnistes et font la promotion de diètes sur la base de leur vécu ou de leurs observations personnelles. Les médias s’en régalent et en redemandent, comme on l’a vu récemment avec le jeûne intermittent et la diète cétogène.

Tous ces éléments contribuent au développement d’une attitude fataliste dans la population par rapport au cancer. Différentes enquêtes ont révélé que, si l’on se fie aux nouvelles, tout cause le cancer (plus 50% des répondants), il n’y a pas grand-chose à faire pour prévenir le cancer (27%) et il y a tellement de recommandations qu’il est difficile de choisir celles qu’il faut appliquer (75%). «Plus une personne a une attitude fataliste, moins elle respecte les recommandations alimentaires et moins elle s’informe au sujet du lien entre le cancer et l’alimentation», ajoute la professeure Desroches.

Pas de panacée

Que faire pour briser ce cercle vicieux ? «On ne peut pas compter uniquement sur les médias pour transférer les connaissances en nutrition à la population, constate la chercheuse. La solution passera forcément par le recours à plusieurs stratégies adaptées à plusieurs cibles, et elle nécessitera le concours des organisations, des chercheurs et des professionnels de la santé.»

L’une des tendances qui émergent dans le domaine du transfert des connaissances est de livrer les messages directement aux gens dans les milieux où ils vivent, par exemple en allant les rencontrer dans des centres communautaires ou d’autres lieux publics. L’adoption de comportements sains passera également par la modification de l’offre alimentaire dans l’environnement immédiat des gens. «Il faudra aussi développer la littératie dans le domaine de la santé afin d’aider la population à départager le vrai du faux dans les messages qui leur parviennent de toutes parts.»

Tout cela exigera du temps alors que les choses pressent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de cancers est en progression et si la tendance se maintient, le nombre de nouveaux cancers qui seront signalés en 2040 sera 63% plus élevé qu’aujourd’hui. «L’alimentation est une composante essentielle des stratégies et des politiques pour contrer cette hausse parce qu’il s’agit d’un des rares facteurs de risque du cancer qui est rapidement modifiable et à la portée de tous», conclut la chercheuse.

Les recommandations alimentaires visant la prévention du cancer sont simples: manger beaucoup de fruits, de légumes et de fibres et éviter l'alcool, la viande rouge et la viande transformée.
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