Des cellules cancéreuses capables de rester en place... ou de partir à la conquête du corps: cette différence est cruciale et change totalement le pronostic des patients.
Une étude de l'Université de Genève, publiée dans la revue
Cell Reports, apporte un éclairage nouveau sur ce phénomène. Elle montre que la capacité d'un cancer à se propager dépend autant du collectif que des cellules elles-mêmes.
Le cancer devient particulièrement dangereux lorsqu'il forme des métastases, c'est-à-dire lorsque des cellules quittent la tumeur d'origine pour coloniser d'autres organes. Pourtant, tous les cancers ne se comportent pas ainsi. Certains restent localisés, ce qui augmente fortement les chances de guérison.
Pour comprendre ce qui fait la différence, les chercheurs ont étudié des cellules issues de tumeurs du côlon. Ils ont isolé plusieurs "clones", c'est-à-dire des groupes de cellules identiques, puis observé leur comportement en laboratoire et chez l'animal. L'objectif était de voir lesquelles étaient capables de migrer et de former des métastases.
En parallèle, ils ont analysé l'activité des gènes dans ces cellules. Les gènes peuvent être plus ou moins actifs, et cette activité influence directement le comportement des cellules, notamment leur capacité à se déplacer.
Les résultats montrent que certaines signatures génétiques sont liées à une plus grande mobilité. Autrement dit, certaines cellules sont programmées pour devenir plus invasives. Mais l'aspect le plus surprenant est ailleurs.
Certaines cellules développent des formes et des comportements favorisant leur déplacement et l'invasion d'autres tissus.
Crédit: Ariel Ruiz i Altaba, UNIGE
Les chercheurs ont découvert que ce potentiel ne dépend pas uniquement d'une cellule isolée. Il repose aussi sur les interactions entre plusieurs cellules. En groupe, les cellules cancéreuses semblent s'organiser et coopérer, ce qui facilite leur migration.
À partir de ces observations, l'équipe a développé un outil basé sur l'intelligence artificielle, appelé MangroveGS. Ce programme analyse de nombreuses signatures génétiques pour estimer le risque qu'un cancer se propage. Testé sur des données de patients, cet outil a réussi à prédire les métastases et les rechutes avec une précision proche de 80 %. Il dépasse ainsi les méthodes actuelles, souvent moins fiables face à la diversité des cancers.
Concrètement, cette avancée pourrait changer la prise en charge des patients. À partir d'un simple échantillon tumoral, les médecins pourraient évaluer le risque de propagation. Cela permettrait d'adapter les traitements, en évitant des thérapies lourdes pour certains, ou en renforçant la surveillance pour d'autres.
Les signatures génétiques identifiées ne se limiteraient pas au cancer du côlon. Elles pourraient aussi concerner d'autres cancers, comme ceux du poumon, du sein ou de l'estomac, ce qui élargit encore l'intérêt de ces travaux.