Posté par Adrien le Lundi 11/02/2019 à 08:00
Les avantages insoupçonnés d’avoir une grand-mère

Sir Charles Tupper et sa famillePhoto: Bibliothèque et Archives Canada/Topley Studio fonds/a012283
Il y a plein d’avantages à avoir une mamie. Spontanément, on pense aux pantoufles moelleuses qu’elle tricote et aux plats réconfortants qu’elle mijote. Mais elle a un rôle encore plus indispensable ! Selon une étude menée à l’Université de Sherbrooke, en collaboration avec l’Université Bishop's et l’Université de Montréal, et publiée dans la prestigieuse revue Current Biology, la présence des grands-mères permettrait une meilleure survie des petits-enfants. Rien de moins.

Contrairement à la plupart des mammifères, l’humain reste en vie longtemps après la fin de son âge de procréation. Pourrait-il y avoir une explication évolutive à ce phénomène ?

Selon une étude menée par l’Université de Sherbrooke à partir de données sur les populations québécoises des 17e et 18e siècles, la grand-mère fournit une aide salutaire aux familles lorsque vient le temps d’avoir des enfants. En effet, lorsqu’elle vit géographiquement près de ses filles, la femme ménopausée se révèle une aide inestimable dans les soins à prodiguer aux petits-enfants. Ce coup de main maternel augmente non seulement les chances de survie des petits jusqu’à l’adolescence, mais aussi le nombre d’enfants auxquels les filles donnent naissance.


Sacha Engelhardt est postdoctorant en biologie et auteur de la recherchePhoto: Sacha Engelhardt
"Les résultats de l’étude suggèrent que les grands-mères ont joué un rôle indispensable dans la population préindustrielle du Québec", explique Sacha Engelhardt, postdoctorant en biologie et auteur de la recherche. "Nous étions vraiment intéressés à regarder l’importance de l’incidence géographique sur les traits d’histoire de vie des êtres humains, comme l’âge à la première reproduction, le nombre d’enfants qui sont nés et le nombre d’enfants qui survivent jusqu’à l’âge de 15 ans."

Bref, plus mère-grand habite loin, plus ses filles risquent d’avoir un nombre limité d’enfants. "Par tranche de 100 kilomètres, c’est 0,6 enfant de moins par femme, rapporte Sacha. C’est beaucoup. Par tranche de 300 km, c’est 1,5 enfant de moins."

Données québécoises de 1608 à 1799

L’étude a été conduite par le Département de biologie de l’Université de Sherbrooke, en collaboration avec l’Université Bishop et l’Université de Montréal. L’objectif était de mieux comprendre l’évolution de la ménopause et la vie postreproductive chez les femmes. En utilisant la distance géographique comme indicateur, les chercheurs ont tenté de déterminer la contribution des grands-mères dans l’aide apportée à leurs filles, pour potentiellement expliquer pourquoi les femmes survivent après la ménopause.

Pour réaliser cette étude, le groupe de recherche a analysé des renseignements tirés du Registre de la population du Québec ancien. Il s’est penché sur les données démographiques des populations québécoises de 1608 à 1799. Cette époque correspond à l’établissement des premiers colons français dans la Vallée du Saint-Laurent. Au total, 149 paroisses ont été passées au peigne fin.


L'étude a été supervisée notamment par Fanie Pelletier, professeure au Département de biologie à l’Université de SherbrookePhoto: UdeS
"Au Québec, on a des données super détaillées des registres civils, mais aussi des registres paroissiaux, précise Fanie Pelletier, professeure au Département de biologie de l’Université de Sherbrooke. On est donc capable d’utiliser la paroisse de résidence des personnes pour évaluer la distance entre les familles. On a utilisé une approche très écologique où l’on s’est servi de la distance séparant les familles les unes des autres comme un indice de la capacité des grands-mères à aider."

En tout, l’analyse a porté sur 3382 grands-mères ayant donné naissance à 34 660 enfants. Parmi ces enfants, 7164 filles se sont mariées et ont eu, à leur tour, un total de 56 767 enfants.

L’hypothèse de la grand-mère


Mme William Notman et Annie, Montréal, QC, 1864Photo: Musée McCord
Quel était le point de départ de cette recherche ? Pourquoi voulions-nous élucider l’énigme des grands-mères ? Selon la professeure Pelletier, l’idée initiale était de vérifier l’hypothèse de la grand-mère, selon laquelle les femmes ménopausées participent de manière indirecte à la reproduction en permettant à leurs filles d’avoir de plus grandes familles. "Cette hypothèse a été testée par beaucoup de monde partout, en Europe, en Afrique, etc. Pour certains, cette hypothèse est plausible, pour d’autres, elle ne l’est pas." La nouvelle piste que l’équipe de recherche a explorée est celle de la distance géographique entre la grand-mère et ses filles.

"Dans notre étude, les femmes dont les mères étaient toujours vivantes avaient davantage d’enfants, et un plus grand nombre de ces enfants atteignaient l’âge de 15 ans", explique Patrick Bergeron, professeur au Département des sciences biologiques à l’Université Bishop's. "Il est intéressant de noter que l’effet grand-mère diminue lorsque la distance géographique entre la grand-mère et la fille augmente, ce qui suggère que le potentiel de soutien soit lié à la proximité géographique."

L’étude, publiée dans la revue Current Biology le 7 février 2019, a été réalisée par Sacha Engelhardt, alors postdoctorant à l’Université de Sherbrooke. Elle a été menée sous la supervision conjointe de Fanie Pelletier, professeure au Département de biologie à l’Université de Sherbrooke, titulaire de la Chaire de recherche en démographie évolutive et en conservation ainsi que membre du Centre de recherche sur le vieillissement, et de Patrick Bergeron, professeur au Département des sciences biologiques à l’Université Bishop's. Deux chercheurs de l'Université de Montréal ont prêté main-forte à l'équipe, soit les professeurs Alain Gagnon et Lisa Dillon, du Département de démographie.
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