Posté par Isabelle le Lundi 06/07/2020 à 13:00

A 8 ans, on relie l’émotion d’une voix et celle d’un visage

En traquant les mouvements oculaires, des scientifiques de l’UNIGE montrent comment les enfants établissent spontanément sans consigne un lien entre une émotion (joie ou colère) exprimée par une voix puis par un visage naturel ou virtuel.

Durées moyennes de toutes les fixations oculaires en millisecondes de tous les regards des 80 participant-es sur les visages naturels exprimant la colère ou la joie, visualisés sous forme de carte colorée, après l’écoute d’une voix de joie. (UNIGE)

Les enfants doivent-ils attendre l’âge de huit ans pour reconnaitre spontanément, sans consigne, une même émotion, joie ou colère, selon qu’elle est exprimée par la voix ou par un visage ? Une équipe de scientifiques de l’Université de Genève (UNIGE) et du Centre Interfacultaire en Sciences Affectives (CISA) apporte une première réponse à cette question. Elle a comparé la capacité des enfants de 5, 8, 10 ans et des adultes à établir un lien spontané entre une voix entendue (voix de joie ou de colère) et l’expression émotionnelle correspondante d’un visage naturel ou virtuel (visage de joie ou de colère). Ses résultats, à lire dans la revue Emotion, montrent que les enfants à partir de 8 ans fixent plus longtemps un visage de joie s’ils ont entendu auparavant une voix de joie. Ces préférences visuelles pour l’émotion congruente témoignent de leur capacité d’un codage spontané amodal des émotions, c’est-à-dire indépendant de la modalité perceptive (auditive ou visuelle).

Les émotions font partie intégrante de nos vies et influencent nos comportements, nos perceptions ou nos choix quotidiens. Coder spontanément les émotions d’une manière amodale, c’est-à-dire indépendamment des modalités perceptives et donc des caractéristiques physiques des visages ou des voix est aisé pour les adultes, mais comment cette capacité se développe-t-elle chez les enfants ?

Dans le but de répondre à cette question des chercheuses et chercheurs de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation et membres du Centre Interfacultaire en Sciences Affectives, emmené-es par le professeur Édouard Gentaz, ont effectué une étude sur le développement de la capacité à établir des liens entre l’émotion d’une voix à celle d’un visage naturel ou artificiel chez des enfants de 5, 8 et 10 ans, ainsi que chez des adultes. Contrairement aux études généralement réalisées qui comportent des consignes, en général verbales, cette étude n’a pas recours aux capacités langagières des enfants. Une nouvelle méthode prometteuse qui pourrait permettre d’évaluer des capacités chez des enfants en situation de handicap, présentant des troubles du langage et de la communication.

Dix secondes face à un visage

L’équipe de recherche a utilisé un paradigme expérimental originellement conçu pour les bébés, une tâche dite de transfert intermodal émotionnel. Les enfants ont été exposés à des voix et des visages émotionnels exprimant la joie et la colère. Au cours d’une première phase de familiarisation auditive, chaque participant-e est face à un écran noir et écoute une voix neutre, joyeuse ou en colère durant 20 secondes. Dans une deuxième phase, celle de la discrimination visuelle qui dure 10 secondes, la même personne est face à deux visages émotionnels, l’un exprimant la joie et l’autre la colère, l’un avec une expression faciale correspondant à la voix et l’autre avec une expression faciale différente de la voix.

En s’appuyant sur la technologie d’eye-tracking (oculomètre), les scientifiques ont mesuré de manière très précise les mouvements oculaires chez 80 participantes et participants. Ils ont ainsi pu déterminer si le temps de regard pour l’un ou l’autre des visages émotionnels - ou pour des zones particulières (bouche ou yeux) du visage naturel ou virtuel - varie en fonction de la voix écoutée. L’utilisation de visage virtuel fabriqué avec le logiciel FACSGen du CISA permettait de mieux contrôler ses caractéristiques émotionnelles par rapport à un visage naturel. «Si les participant-es font le lien entre l’émotion dans la voix entendue et l’émotion exprimée par le visage vu, on suppose donc qu’ils reconnaissent et code l’émotion de manière amodale, c’est-à-dire indépendante des modalités perceptives», souligne Amaya Palama, chercheuse au sein du Laboratoire du développement sensori-moteur affectif et social de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UNIGE.

Ces résultats montrent qu’après une phase contrôle (sans voix ou la voix neutre), il n’y a aucune différence de préférence visuelle entre les visages de joie et de colère. Alors, qu’après les voix émotionnelles (joie ou colère) les participant-es ont regardé plus longtemps le visage (naturel ou virtuel) congruent à la voix. Plus précisément, les résultats ont mis en évidence un transfert spontané de la voix émotionnelle de joie, avec une préférence pour le visage congruent de joie à partir de 8 ans et un transfert spontané de la voix émotionnelle de colère, avec une préférence pour le visage congruent de colère à partir de 10 ans.

Révéler des capacités insoupçonnées?

Ces résultats suggèrent un codage spontané amodale des émotions. Cette étude a fait partie d’un projet visant à étudier le développement des capacités de discrimination des émotions dans l’enfance financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) obtenu par le Prof. Gentaz. Les recherches actuelles et futures cherchent à valider si cette tâche est appropriée pour révéler des capacités insoupçonnées à comprendre des émotions chez des enfants en situation de polyhandicap, incapables de comprendre des instructions verbales ou de produire des réponses verbales.
Dernières actualités
Des astronomes ont découvert ce qui peut arriver lorsqu’un trou noir géant n’intervient pas...
Une séquence génétique héritée des hommes de Néandertal pourrait augmenter les risques de...
Au milieu des images de la tragédie de Beyrouth, le nuage formé par l’explosion, en forme de...
La collision élastique de photons réels est un phénomène très rare dans lequel deux photons...
Les cheveux des futures mères permettraient de prédire le succès d’un traitement de...
Les diamants sont peut-être éternels, mais un nouveau matériau, également composé de carbone,...
Fin du deuxième long arrêt pour le Booster du PS qui est le premier accélérateur avec le Linac...
Les hydrates de gaz sont des composés solides d’eau et de gaz, majoritairement du méthane, qui...
Les requins-baleines sont non seulement les plus longs poissons de l’océan, ils possèdent aussi...
Des chercheurs et chercheuses du CNRS à l’Institut Curie viennent de mettre en évidence que les...
De nouveaux résultats de la sonde Juno suggèrent que de violents orages animent Jupiter et...
De retour de quelques jours dans le Bas-du-fleuve québécois, j’ai pu apprécier sa brise...
Lors de la 40e édition de la conférence ICHEP, les expériences ATLAS et CMS du CERN ont annoncé...
Les plantes ont la capacité de purifier l’air. Mais combien en faut-il pour faire une...
Pour s’adapter aux stress qu’elles rencontrent dans leur environnement, les bactéries...
Les cellules s'adaptent et répondent à une multitude de stimuli mécaniques. Cependant, les...
Les scientifiques se sont trompés depuis plus de 300 ans: les spermatozoïdes n’ondulent pas...
La découverte d’un mécanisme impliqué dans la synthèse de la membrane du staphylocoque doré...
Semblable à un papillon avec sa structure symétrique, ses belles couleurs et ses motifs...
Les glioblastomes, les tumeurs cérébrales primaires les plus agressives et les plus répandues...
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL
sous le numéro de dossier 1037632
Informations légales